Furiani, le drame du football corse

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Furiani, le drame du football corse

Message par ac42 le Ven 4 Mai - 19:39

Furiani, le drame du football corse


Heysel 1985, Hillsbrough 1989. On n'imaginait pas qu'un jour un drame arriverait un jour dans un stade en France, et pourtant, le 5 mai 1992, la France du Football tombe dans l'horreur, retour, 20 ans apres, a Furiani.

Coupe de France 1991-1992

Avant de revenir sur le drame en lui meme, retour sur le parcours des 2 équipes avant cette 1/2 finale. Marseille n'a pas tellement souffert pour se qualifier, sortant 3 clubs de D2, Bordeaux Istres et Valenciennes, avant d'aller se qualifier a Caen 3-1.

Bastia a eu aussi 3 premiers matchs faciles, s'offrant Annecy alors en D2 3-0, Thonon club de D4 2-0 puis Fesches-le-Chateau (DH) 1-0. C'est en 1/8e de finale que commence l'épopée bastiaise, les corses eliminant a domicile Toulouse 1-0. Et puis c'est Nancy qui se presente a Furiani en 1/4 de finale. Nancy souffre en D1, et le club d'Olivier Rouyer espere aller plus loin en Coupe histoire de sauver un peu sa saison.
En ce 22 avril 1992 Furiani est plein, et a du (deja) subir des travaux d'agrandissement. En effet pour acceuillir plus de supporters, les dirigeants du SC Bastia confie à la société Sud Tribune le soin d'installer une tribune métallique sur l'emplacement de la vieille tribune ouest, portant ainsi sa capacité d'accueil au nombre de 2 500 places. Au total plus de 8 000 spectateurs assisterent a la qualification du Sporting au tirs aux buts.
Le lendemain a la fin du journal de 20h de TF1, Patrick Poivre d'Arvor effectue le tirage au sort des 1/2 finales. Les corses voulaient a nouveau evoluer a Furiani, ils vont etre servi. Car non seulement Bastia jouera a nouveau a Furiani, mais receveront en plus l'une des meilleurs formations européennes, l'Olympique de Marseille. L'autre 1/2 finale opposera 2 autres clubs du Sud-Est de la France, Cannes recevant Monaco. Cette derniere demi finale fut avancé au 28 avril puisque l'ASM disputera le 6 mai (soit le lendemain de la date prevu pour ses 1/2 finale) la finale de la C2 contre le Werder Breme. En l'emportant aux tirs aux buts Monaco se qualifie pour la finale prevu le 9 mai au Parc des Princes

La demi finale

Recevoir l'OM, pour le Sporting c'est une belle occasion de mettre le feu. seulement la capacité de Furiani est de 9 000 places. Largement insuffisant. Le president bastiais Jean-Francois Filippi a alors une idée. Construire comme contre Nancy une nouvelle tribune, mais beaucoup plus conséquente. La petite tribune Claude Papi (750 places) sera rasé pour laisser place a une nouvelle tribune de pres de 10 000 places. Mais tres rapidement une enorme contrainte temporelle. En effet le tirage au sort a été efectué le 23 avril, et la demi finale se deroule le 5 mai, soit 12 jours. Mission Impossible.... sauf pour les dirigeants bastiais. Des la nuit du 24 avril la petite tribune est rasé, et tout ceci sans la moindre autorisation. Des le lendemain des contacts sont noués avec 2 sociétés de construction, une bordelaise et une nicoise. Pour les 1ers les travaux sont "irréalisables en ci peu de temps", en revanche la société Sud Tribune aura moins de scrupules, et commence les travaux le Mardi 28 Avril, soit une semaine a peine avant le jour de la 1/2 finale.
Et les travaux commence mal, car les pieces pour construire cette tribune sont bloqués par la greve des dockers de Marseille. Les dirigeants corses demandent alors a la FFF de reporter le match, refus de la FFF pour des raisons de calendrier. Les contraintes de temps sont donc quasi insurmontables, et pourtant...

« Ils l'ont fait ! le pari fou des dirigeants » titre Jean-Richard Graziani dans le bulletin édité pour la demi-finale le 5 mai, alors que dans le même temps Bastia, Furiani et toute la Corse sont en liesse à quelques heures du coup d'envoi. Dans une ambiance de fête explosive, en ville comme aux abords du stade, tous n'ont qu'une idée en tête : Bastia va faire tomber le géant Marseillais, Bastia prend dors et déjà la direction du Parc des Princes pour la finale.



(photo de la maquette de la tribune provisoire)

Mais a 16h alors que les premiers supporters s'amasent dans Furiani, les travaux ne sont toujours pas finis !!! Les derniers details sont finalisés pendant que la comission de sécurité se réunit.


Retour chronologique jusqu'a 20h20:

18h30: Furiani est comble, les 18 000 spectateurs ont pris place, la moitié dans la tribune provisoire

19h: Premieres inquietudes, notamment de la part des journalistes, placés au sommet de la tribune. Avi Assouli, mythique commentateur des matchs de l'OM sur Radio France, declare a l'antenne: « Je suis tout en haut sur les tribunes du stade de Furiani, au milieu des supporters. Je distingue à peine les joueurs. Ça bouge, on se croirait sur un bateau. Chers auditeurs, j'espère être là à la fin du match » Quand a Thierry Roland, il declare a son arrivée sur les lieux: "Mais c'est pas une tribune ca, c'est un echaffaudage !" Initialement il était prévu que Thierry Roland et Jean-Michel larqué soit placés au sommet de cette tribune, au milieu des autres journalistes, ils seront finalement placés plus bas de la tribune... une chance pour eux

20h: les joueurs du SCB et de l'OM pénètrent sur la pelouse pour s'échauffer sous des tonnes d'applaudissements. Sous la tribune, des techniciens s'affairent à resserrer des vices et boulons... certains supporters sont effarés, constatant que des planches et des supports de la tribune menacent de tomber. « C'est vraiment la panique » déclare un supporter interrogé alors qu'il passe sous la tribune.

20h15: L'inquietude grandit, la tribune devient de plus en plus instable, a tel point que le speaker du stade, Jean-Pierre Paoli, est obligé d'intervenir: « Ne tapez plus des pieds sur la partie en fer de la tribune !»

20h20: Le journal de TF1 se termine, Patrick Povre d'Arvor s'apprete a donner l'antenne aux 2 commentateurs, quand soudain....



Les inquietudes etaient donc fondés, la partie haute de la tribune Nord, qui ne reposait que sur des parpaings ou des planches de bois sans fixation au sol, se détache de la partie inférieure et s’effondre. Plus de 2 000 personnes sont projetées dans le vide. Une chute de 20 mètres de haut. Un assourdissant bruit de ferraille. Puis le silence. Et enfin, les cris horrifiés.

Le drame, l'horreur et la stupéfaction des milliers de spectateurs présents à Furiani sont retranscrits en direct à la télévision. Les hurlements, les plaintes des centaines de spectateurs juchés sur la tribune réduite à l'état de tubes métalliques et de tôles froissées, pliées, résonnent sur la pelouse de Furiani. Les images sont insoutenables. Les corps allongés sur le sol montrent à des millions de téléspectateurs l'ampleur du drame que vit Furiani a ce moment la.

La pelouse devient un hôpital improvisé. Les survivants profitent de la présence des caméras de télévision pour rassurer leurs familles. Beaucoup errent sur le terrain, hagards, assommés. À 21h30, les premiers hélicoptères de la Sécurité Civile atterrissent à Furiani. Des avions sont affrétés depuis Anvers ou Orléans. Les hôpitaux corses étant saturés, l’aéroport de Poretta accueille les blessés en attente de transfert vers le continent. La France est en état de choc. Le bilan s’alourdit de minute en minute, de jour en jour. Au final, 18 personnes périrent à Furiani, auxquelles il faut ajouter 2 357 blessés.

Lendemains de drame

L'horreur est dans toutes les têtes en ce matin du 6 mai.

François Mitterrand, en visite à l’hôpital de Bastia, déclare que « la France est solidaire ». La Fédération française de football, pointée du doigt, cherche elle à se dédouaner de toute responsabilité, par la voix de son président Jean Fournet-Fayard : « La Fédération avait pris toutes les précautions nécessaires pour s’assurer la solidité des installations à Bastia. Tout devait bien se passer. » Noël Le Graët, président de la Ligue, parle lui « d’un malheureux accident. »

Des réactions qui provoquent la colère de Jean-Michel Larqué, présent à Furiani pour TF1. « Je suis écœuré, dégouté, affirme-t-il dans les jours qui suivirent la catastrophe. Il y a une dérive incontrôlée du monde du football. Quand Le Graët dit que c’est un accident malheureux, je dis non, c’est un accident scandaleux. C’est une accumulation d’erreurs. C’est une ambiance générale qui fait que le football vit dans une ambiance de drame. » Les critiques pleuvent sur les instances du football français. Certains, comme François de Montvalon, journaliste à France Football, réclament la démission de Jean Fournet-Fayard : « Alors ? Alors il reste à Jean Fournet-Fayard une décision à prendre. Doucement. Ou dans un dernier bruissement. »

La société Sud Tribune, responsable de la construction de la tribune Nord, est également prise pour cible. Pour son PDG, Alain Giordanengo, l’accident est « totalement incompréhensible ». Pour d’autres, ce n’est que le reflet d’une Corse aux infrastructures insuffisantes. « Ce n’est pas un hasard non plus si la tragédie a révélé à sa manière la réalité d’une Corse où rien n’est trop beau pour les marinas quatre étoiles, mais où les moyens manquent pour construire une route, moderniser un équipement, soigner des blessés, écrit Laurent Chasteaux dans L’Humanité. Au nom de quoi une ville de football comme Bastia n’aurait pas le droit à un stade digne de ce nom ? »

Analyse politico-judicio-sportive

Un drame de ce genre implique des responsabilités multiples. Une instruction judiciaire est ouverte le 8 mai pour les déterminer. Plusieurs acteurs sont visés : les sociétés Sud Tribune et Socotec (bureau de contrôle de la sécurité), la mairie de Furiani, les dirigeants corses, les instances du football français…

Le rapport de la commission d’enquête est accablant. Il relève des « manquements graves aux règles de l’art de la part de l’installateur, la société Sud Tribune ». Les dirigeants bastiais et du football corses sont également montrés du doigt pour leurs négligences en termes de sécurité : « La responsabilité du mouvement sportif est donc engagée dans la catastrophe de Furiani », affirme le rapport. Pour les enquêteurs, la majoration des prix par le SCB est en outre révélatrice d’une volonté de réaliser une opération financière. La conclusion du rapport est catégorique : « Le soir du 5 mai, il n’y a pas eu de fatalité. »

Dix-huit personnes furent inculpées après le drame, la plupart pour homicides, coups et blessures involontaires. Sur le banc des accusés, on retrouvait notamment le président du Sporting Jean-François Filippi et le président de la FFF Jean Fournet-Fayard. Ce dernier bénéficia au final d’un non-lieu, comme quatre autres inculpés. Huit accusés bénéficièrent d’une relaxe. Pour les autres, les peines furent au maximum de deux ans d’emprisonnement. Le procès s’est tenu dans un contexte très particulier : quelques jours avant l’ouverture du procès, le 26 décembre 1994, Jean-François Filippi était assassiné devant chez lui. Un lien ne pouvant être établi avec le drame de Furiani, il a été décidé que le procès devait se tenir malgré tout.

Lutter contre l'oubli


Dans l'esprit de tous apres le drame, il ne doit plus y avoir de match le 5 mai, au nom du devoir de memoire. Promesse bafoué a de nombreuses reprises. Le 5 mai 2010 se disputa en effet la 36e journée de championnat. Ironie de l'histoire, les marseillais, particulierement concerné par le drame, decrocherent ce soir la leur titre de champion de France ! Cette saison etaient egaliement prevu une journée de Ligue 1 le samedi 5 mai, mais devant la levée de boucliers elle sera finalement decalé au lundi 7 mai

Apres ce drame, il etait prévu que le stade de Furiani soit completement rénové, pour en faire un stade digne de ce nom et de ce club, or, voici a quoi ressemble aujourd'hui le stade Furiani:


Franchement, ca ne ressemble en rien a un stade digne d'un club professionnel !!!!!! Et alors que le Sporting s'apprete a retrouver la Ligue 1 des la saison prochaine, il serait grand temps de mettre ENFIN a dispotition du club corse, une enceinte digne de ce club et de ce public

Pour plus d'informations je vous conseille 2 sites (qui m'ont grandement aidé a la redaction de cette chronique): tout d'abord le site www.forzabastia.com et le site www.aworldfootball.com. Enfin vous trouverez sur Dailymotion le documentaire réalisé par CFoot "Furiani la mort en tribune", réalisé dans le cadre du programme: "La grande histoire"

Et puisque nous commemoront demain le 20e anniversaire de cette tragédié j'ai une pensée pour les 18 personnes qui ce soir-la était venu voir un spectacle et qui, a cause de la négligeance de certains abrutis, n'ont jamais pris le chemin du retour de Furiani

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